Christelle Bois : Agricultrice à Réclainville *

14_christelle_BoisChristelle Bois est fille de cultivateurs. En 1996, elle décide de reprendre l’exploitation de ses parents.

A ses débuts, elle avoue avoir subi les moqueries de certains de ses collègues: « Au début, on disait que je n’aurais pas les épaules assez solides, que je n‘aurais pas assez de cran. On m’a même demandé si je savais conduire un tracteur ! C‘était ridicule, car conduire un tracteur moderne est plus facile que de conduire une voiture ».

Au bout de 15 ans de travail, elle reconnait que ce genre d‘a priori tend à disparaitre. « On est tous égaux devant les difficultés » dit-elle. Parmi ces difficultés, la plus criante est de faire cohabiter sa vie professionnelle avec sa vie de famille. « ]’en parle beaucoup avec mes enfants. Ils ont très vite compris que ce métier était indispensable à mon épanouissement, alors on compose et on évite de trop parler agriculture à table».

Christelle a deux filles adolescentes et un petit garçon. Quand on lui demande si elle espère les voir un jour reprendre l’exploitation familiale, elle répond automatiquement «  il est encore trop jeune pour se décider! ». Pour elle, seul son garçon serait susceptible de reprendre l‘exploitation de sa maman.

Quand on lui fait remarquer ce drôle de paradoxe, elle rigole: «  Oui c’est vrai; mais mes deux filles sont vraiment filles! Avec le vernis et tout! »

Alors peut-on être agricultrice et élégante? «  Oui, mais il y a élégante et élégante » Aujourd’hui, Christelle Bois est à la tête de 240 hectares. Elle s’investit peu à peu dans différentes responsabilités publiques, notamment en faveur des femmes. Syndiquée, elle est à la tête de la commission des agricultrices d’Eure-et-Loir. Elle milite pour que toutes les femmes du monde agricole soient juridiquement protégées. «  Aujourd’hui beaucoup de femmes agricultrices n‘ont pas de statut et on tient a les alerter sur ce problème, car elles ne sont pas protégées face aux risques professionnels et elles auront de grosses difficultés au moment de leur retraite».

Quand on lui demande quels conseils serait-elle prête a donner à une jeune femme qui voudrait s’installer, la réponse ne tarde pas: « Malgré les difficultés et les incertitudes, je ferai tout pour qu‘elle s’installe. Si moi-même, j’ai eu des doutes à mes débuts, je lui dirais de foncer, il faut toujours aller de l’avant » et de conclure: « agricultrice, c’est un beau métier ».

* Interview réalisée dans le cadre de l’exposition « Les Femmes en Beauce » qui s’est tenue à la Maison de la Beauce d’octobre 2013 à octobre 2014