Claire Génova : Agricultrice à Mondonville Saint-Jean *

15_claire_GenovaClaire Génova, agronome de formation, part en Afrique dans les années 1980 en compagnie de celui qui deviendra son mari. Elle contribue pendant 15 ans a différents projets de développement dans un pays marqué par de nombreuses famines. En 1995, Claire et son mari font le choix de revenir en France et de s’installer en Beauce « afin de donner à leurs enfants de vraies racines ». En 1998, son mari décède lors d‘un voyage en Afrique.

Se retrouvant seule, Claire fait le choix de conserver l’exploitation, mais décide de prendre du recul par rapport au travail agricole. Elle déclare en riant « ]‘aime me promener sur la plaine, mais le tracteur me fait affreusement mal au dos».

Passionnée par l’emploi, convaincue « qu‘on ne peut se préoccuper d’économie si on ne s‘occupe pas du social », elle prend en main le recrutement des saisonniers pour les chantiers d’arrachage de pommes de terre. Elle crée une association avec un objectif simple: aller chercher des personnes en décrochage social clans les quartiers difficiles de Chartres afin de les intégrer dans le monde du travail. Ce système se développe et rencontre rapidement un vif succès. Son activité dans le champ de l’action sociale se poursuit avec la création en 2010 d’un jardin d’insertion de maraîchage biologique.

Maire de sa commune de 2001 à 2014, elle compte encore peu de collègues femmes. Lorsqu‘on l‘interroge sur les raisons de ce blocage, elle répond: « lorsque vous êtes une femme avec des responsabilités familiales et professionnelles, c‘est déjà compliqué. Si vous rajoutez des responsabilités électives, cela devient vite impossible, surtout que depuis 2001, le travail de maire a complètement changé ». Quand on évoque l‘évolution des regards masculins sur son travail, elle note quand même de sérieux progrès même si tout n’a pas toujours été rose. Aujourd’hui, elle confie qu’il y a «  une habitude qui a été prise et qu‘une place a été gagnée ». Et de conclure: « ]e suis persuadée aujourd’hui qu’une femme peut s‘installer toute seule a la tête d‘une exploitation. Quand je vois l‘évolution du matériel et des conditions de travail, je me rend compte que la force physique compte de moins en moins…»

Et quand on lui demande ce que pourrait apporter une femme sur une exploitation, elle répond avec malice «  Comme dans tous les milieux, le regard d‘une femme est important. Ce qui est aussi positif c‘est qu’un homme face à une femme, va baisser la garde quand vous avez un bonhomme de 110 kg qui arrive sur un chantier, « beurré comme un petit LU», le fait d’être une femme, petite souris, permet de désamorcer un certain nombre de situations qui auraient été difficiles à gérer pour un homme ».

* Interview réalisée dans le cadre de l’exposition « Les Femmes en Beauce » qui s’est tenue à la Maison de la Beauce d’octobre 2013 à octobre 2014