…En Beauce et Dunois par Philippe Lipchitz

24_les_juste_de_la_nation_2En faisant mes recherches pour les « Chroniques rurales de notre temps», l’idée m’est venue de m’intéresser au problème des Justes. Bien évidemment je découvrais des Justes euréliens et cela me conforta dans ce désir de présenter les français d’Eure-et-Loir autrement que comme pétainistes convaincus, prêts à toutes les collaborations. Mais au contraire grossissant les rangs de ceux qui avaient su résister. Soit les armes à la main comme les jeunes réfractaires au S.T.O. du Maquis de Plainville soit par ces gestes de résistance humaniste consistant à sauver la vie à des juifs persécutés.

Dans mon travail, j’ai porté l’accent sur deux exemples.

D’abord la famille Arsène, habitants de Beauvilliers, petit village de la Beauce vovéenne. C’est là qu’un jeune enfant passa en toute tranquillité ses jours d’occupation, ces jours de tous les dangers. Cette histoire était d’autant plus exemplaire que ce petit garçon bénéficia du silence de toute une population et put après guerre retrouver ses parents, eux aussi miraculés de la Shoah. Non seulement la plaine beauceronne échappait à son image de collaboration et de marché noir, mais la survivance de cette famille permettait d’éviter tout pathos. C’est ce qui donna naissance à un événement que nous avons organisé, nous la compagnie SUB’THEATRE :« la Fête desjustes».

Un dimanche après-midi consacré au travail de mémoire. D’abord, la représentation d’un opéra dont je suis auteur du livret « Mes Andromaques». Un tableau s’intitule « Andromaque 42» et est une évocation de la Rafle du Vel d’Hiv. Ensuite un travail mené avec des jeunes des alentours de Voves et de jeunes israélites euréliens. Enfin une rencontre avec l’enfant devenu un sémillant retraité. Ce travail trouve aujourd’hui un prolongement dans les ateliers que conduit la compagnie. Qu’il s’agisse de Nogent-le-Roi où une petite fille, encore vivante, fut cachée. Ou encore à Châteaudun où les trois ateliers théâtre (enfants, jeunes et adultes) travaillent sur un scénario consacré aux ]ustes de Montigny-le-Gannelon. Un simple rappel des faits. Dans ce village du Dunois, un instituteur parisien, natif de Montigny-le-Gannelon, André Baccary, transforma la maison qui avait d’abord été une colonie de vacances en home d’enfants juifs. Dix vies sauvées. Ce pourrait sembler une goutte d’eau eu égard aux six millions de juifs assassinés pendant la seconde guerre mondiale. Mais n’était-ce pas une lumière dans un temps de barbarie? Comme quoi il est toujours des hommes pour sauver l’Humanité.